J Rivière 2/3
Au labo, les manipulations de sérologie brucellose déplaçaient des portoirs énormes, sur roues, qui rentraient en entier dans l’étuve. Les tubes d’épreuve étaient sertis sur des bandes métalliques (tenus par de petits clips à ressort) qui occasionnaient bien des problèmes quand l’un sautait…Ces bandes passaient d’un panier plein vers un panier vide sur M1 puis sur M2, dans un bruit qui combinait cliquetis, chuintement d’air comprimé, bruit de liquide craché sous pression, puis aspiration, claquement des pièces mobiles sur les butées, démarrage épisodique du compresseur etc….tout cela répété au long de la journées.
Les techniciennes expérimentées suivaient au son millimétré de cette symphonie le bon fonctionnement de l’ensemble et l’enchaînement des opérations…. C’était l’automatisme de grand-papa et j’ai toujours pensé que Jules Verne n’aurait pas renié ces machines.
La question du diagnostic sérologique de la brucellose a justifié d’ailleurs les premières journées de formation et de mise au point qui étaient organisées tous les ans à Maisons-Alfort, en octobre.
Nous avons tous gardé le souvenir des mimiques de René Gaumont nous expliquant les rapports entre agglutinines et autres anticorps. Entre les exposés des spécialistes et les faits pratiques observés dans les labos, les confrontations étaient parfois vives mais toujours intéressantes.
Ces journées nous apportaient, enfin et surtout, l’occasion annuelle de faire la connaissance et/ou de retrouver les Collègues d’autres départements avec qui échanger à propos de nos problèmes, pas toujours évoqués au programme des journées.
Elles ont été à l’origine de la fondation par des aînés de l’association « AVDILA » (fondée en 1963) dont l’objet était justement de prolonger ces contacts ponctuels. J’y ai trouvé effectivement une aide utile dans bien des domaines.
L’autre secteur « vétérinaire » de l’activité initiale du laboratoire de Seine-&-Marne correspondait au service d’assistance ou d’accompagnement des vétérinaires de clientèle à qui il proposait autopsie, bactériologie, parasitologie et, éventuellement d’autres investigations faites à l’extérieur (toxicologie, histologie, virologie) pour lesquels nous préparions les pièces à partir des autopsies.
Ponctuellement, c’était aussi les analyses faites au titre de la police sanitaire pour les suspicions ou les confirmations de maladies réputées légalement contagieuses. Celles qui nous ont le plus occupées ont été la peste aviaire, la salmonellose des cochons, la rage selvatique à une époque, ponctuellement la fièvre aphteuse et l’E.S.B.
C’est le secteur que j’ai jugé le plus intéressant dans l’activité du laboratoire parce qu’il permettait d’affiner mon travail de vétérinaire au-delà de ce que le seul examen clinique classique permettait. J’ai aussi la faiblesse de penser que, devant les problèmes qui échappaient à la routine vétérinaire, la collaboration du laboratoire permettait aux praticiens de rattraper quelquefois une étiologie qu’ils n’avaient pas envisagée ou de justifier une thérapeutique contraignante.
Nous avons ainsi eu la satisfaction intellectuelle de poser surtout au cours de la première décennie des diagnostics à propos de pathologies animales « comme on en voyait dans les livres autrefois » (rouget du porc, charbon bactéridien, choléra aviaire..).
Malheureusement, ce secteur de travail a rapidement décliné année après année sous le double effet de la désaffection des agriculteurs pour l’élevage et de l’urbanisation galopante des petites communes rurales depuis la frange ouest de la Seine-&-marne.
La surveillance sanitaire de la faune sauvage avait elle aussi beaucoup à attendre des ressources du laboratoire vétérinaire, mais elle n’a jamais trouvé le développement que j’espérais, peut-être parce que le seul interlocuteur « solvable » que nous avions trouvé était la fédération des chasseurs qui, par nature, n’ont pas bonne presse au royaume de l’écologie.
En 1970, l’inspection sanitaire des denrées alimentaires d’origine animale venait d’être nationalisée depuis peu. Ce nouveau secteur de responsabilité des DSV ouvrait aussi une place de choix au laboratoire pour accompagner les missions des vétérinaires-inspecteurs.
C’est la microbiologie qui nous a intéressés tout de suite (à cause de l’équipement que nous avions déjà en grande partie et de la formation du personnel).
Dans son agencement, le laboratoire n’avait été conçu que pour la sérologie brucellique et la pathologie animale (les plans dataient d’une dizaine d’années). Cette première difficulté a été surmontée grâce à l’accord du DSV sur une redistribution des locaux.
Une activité de microbiologie des aliments a pu d’emblée être créée. Elle a été utilisée d’abord par les vétérinaires d’abattoirs dans les cas d’abattages d’urgence et leur a été très utile, paraît-il, en partie parce que les délais d’analyse (4 jours minimum) justifiaient le délai de consigne de la carcasse et bien souvent laissait le temps à son évolution de confirmer les résultats de l’examen bactériologique. A ma connaissance, Il représentait une aide précieuse pour les vétérinaires d’abattoirs qui n’hésitaient pas à y recourir.
La microbiologie des aliments a rapidement été étendue au contrôle sanitaire des autres produits alimentaires élaborés, tout au long de la chaîne de transformation.
Pour familiariser les vétérinaires inspecteurs avec ce nouvel outil, le laboratoire avait organisé avec la DSV une campagne de prélèvements systématiques de produits alimentaires élaborés, choisis selon un calendrier préparé à l’avance qui nous simplifiait le travail puisque, sur un rythme hebdomadaire, nous voyions arriver au jour dit une quantité importante d’échantillons, mais appartenant tous à la même famille, ce qui rendait possible le traitement d’une grande quantité de prélèvements par un effectif de personnel encore très réduit.
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