Recrutement de personnel et formation minimum sur le terrain surtout d'abord pour limiter le risque de contagion dans ce travail.
Premiers sondages qui montrent une image très hétérogène de l'épidémie de brucellose, et de la santé animale en général.
Pour mieux m'immerger dans ce milieu pastoral, je m'installe sur quelques hectares avec un troupeau de brebis : bien que ça ne fasse pas parti du labo, ça éclaire bien l'esprit des débuts !
Et puis tout d'un coup c'est parti ! : Lors d'une réunion d'information pourtant tempérée, un leader syndical fait emballer la machine : pas question de se dégonfler, le lendemain, je rentre au labo avec plus de 600 prises de sang, je dois fabriquer des portoirs la nuit pour faire les SAW le lendemain. Jusqu'à mon départ, ce sont ces portoirs en contreplaqué qui ont servi car nous n'avons jamais vu la couleur d'appareils automatiques !
Dans le même esprit, d'autres analyses ont suivi avec les moyens matériel et humain du labo : autopsies, coprologie, bactériologie animale et alimentaire, puis quelques recherches sur la persistance des Brucella dans la fabrication du fromage et du brocciu et sur la charcuterie corse avec l'INRA.
Mais cela ne devait pas nuire aux actions de terrain :
Actions de formations à Corte au moins 1 jour par semaine CATAM (Certificat d'Aptitude aux Techniques d'Agriculture de Montagne) ; participation aux foires agricoles, à la création de groupements de transhumance pour responsabiliser les éleveurs aux risques de contagion entre troupeaux et création d'un service de désinfection-désinsectisation.
Je sus aussi que j'avais été appelé au moins une fois pour lever le "mauvais œil", et plusieurs fois comme "juge" pour régler des conflits ; c'est aussi le rôle du directeur de labo !
Au bout de 4 ou 5 ans, la brucellose humaine a bien régressée, mais, malgré toutes les bonnes volontés, des échecs se font jour: l'absence d'abattoirs contrôlés favorise l'apparition d'animaux sans oreille (preuve d'un contrôle sérologique positif) et re-contaminations par une transhumance non contrôlée de troupeaux assainis. Aussi la tentation de la vaccination se fait pressante auprès des vétérinaires et de certains éleveurs .
Un voyage en Sardaigne, où les stagiaires de Corte m'ont invité pour leur voyage de fin de formation, est l'occasion de nouer des contacts avec mes homologues sardes et de ramener quelques doses de Rev1 interdit en France (vaccin atténué pathogène pour l'homme) pour faire un essai, et me permettre d'ébaucher quelques principes d'usage et de précaution (pas toujours respectés).
Lorsque le Ministère donne au DSV de Corse, une autorisation confidentielle d'utiliser ce vaccin, mais sans le fournir, c'est un vétérinaire du laboratoire Roger Belon, rencontré lors d'un congrès, qui nous fournit gracieusement quelques milliers de doses.
Mais la vaccination montre aussi ses limites, les cas humains reviennent et une nouvelle adjointe venue "du continent" rappelle heureusement la réglementation concernant la commercialisation des fromages, qui sont tous au lait cru : c'est donc l'usage combinée du vaccin et de la surveillance qui permet de contrôler la maladie animale et humaine.
La décentralisation arrive, avec un DSV en fin de carrière, désolé de ne plus être mon supérieur, qui confond le logement de fonction attaché à la DSV avec une résidence secondaire, cependant que le Département décide le regroupement du Laboratoire des Services Vétérinaires avec celui d'analyses des eaux, puis celui de biologie médicale, et est "dans l'obligation de récupérer l'appartement pour le transformer en laboratoire", ce que toute l'équipe des laboratoires regroupés réalise avec une belle motivation de la conception à la réalisation . (Sans permis d'ailleurs malgré l'adjonction d'une nouvelle pièce).
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