ASSOCIATION des DIRECTEURS RETRAITES des LABORATOIRES VETERINAIRES DEPARTEMENTAUX
                                             Connaissez-vous « Sully sur Rhône »? 
                                                                                                            par Jean-Louis MARTEL 

Dans le bulletin de l’ADRLVD de décembre 2019, pages 13 à 16, Jean-Marie Guéraud nous offre une « Monographie du château de Sully sur Loire ».
J’apprécie beaucoup les comptes rendus de Jean-Marie, toujours bien documentés et magnifiquement illustrés à la plume.
Dans cette synthèse qui a naturellement retenu mon attention, j’ai redécouvert l’essentiel sur l’ami fidèle, le conseiller talentueux et le grand ministre du roi Henri IV.
Et par surcroît, à la fin de son article, notre ami Jean-Marie nous apprend qu’il occupe de nos jours « le moulin du Grand Voiseux qui faisait partie des propriétés de Sully ». Cela m’inspire … 

… Il se trouve que j’habite dans le quartier des Brotteaux à Lyon (6ème arrondissement), à quelques centaines de mètres de la rue Sully.
Elle commence vers la rive gauche du Rhône, après que le fleuve venu des Alpes ait contourné le nord-ouest du Parc de la Tête d’Or et pris sa nouvelle direction vers le sud.
Perpendiculaire au fleuve, la rue Sully mène vers l’est jusqu’au Lycée du Parc que certains parmi nous connaissent bien pour y avoir préparé le concours « Véto ». Cette rue et ses environs présentent des particularités. Je vous propose de vous les faire découvrir tout en revisitant ainsi l’histoire.

Il n’est pas habituel qu’une rue portant le nom d’un homme célèbre soit honorée d’une représentation de ce personnage.

C’est pourtant le cas de la rue Sully. On peut voir la statue en pied de Sully à l’angle de l’immeuble ouvrant au n°9 du quai de Serbie. Elle marque étran gement le début de la rue éponyme. 

Rappelons qu’en 1572, le jeune Maximilien de Béthune marquis de Rosny, noble campagnard protestant alors âgé de seulement 12 ans, est présenté au jeune roi Henri de Navarre qui le prend comme conseiller privé.
Une solide amitié, puis une étroite collaboration s’établissent entre les deux hommes. En 1596, devenu roi de France et de Navarre, Henri IV nomme le Marquis de Rosny, Surintendant aux Finances.

Je reprends trois phrases clés du texte de notre ami Jean-Marie :
« Apprécié par le Roi pour ses talents d’organisateur, sa rigueur, sa fidélité et son honnêteté foncière, Rosny se voit confier la gestion des finances de l’Etat. En 1601, la prospérité de la France revient et Rosny remet au Roi cinq volumes reliés figurant un budget sérieux de la France. Rosny va devenir Sully ». 

Sur la photographie de la statue lyonnaise, on peut voir ces fameux « cinq volumes reliés » déposés à côté de Sully, que je suis tenté de nommer « Sully sur Rhône » (appellation non officialisée bien sûr!).
On ne connaît ni l’auteur, ni le commanditaire de cette oeuvre qui figure curieusement à l’angle de cette maison bourgeoise construite au bord du Rhône vers 1830. 



Statue de Sully (1559-1641) 
Statue érigée sur la rive gauche du Rhône dans le quartier des Brotteaux à Lyon. 
Remarquer les « 5 volumes reliés », empilés derrière le pied gauche du Surintendant aux Finances
.
Certains pensent que cette statue aurait fait partie d’un ensemble monumental, sculpté par Legendre-Héral, et destiné à orner le fronton de l’Hôtel de Ville.
Depuis le quai de Serbie, en suivant le regard de « Sully sur Rhône » on repère facilement le dôme du beffroi de l’Hôtel de Ville par-dessus le fleuve et les toits.
Il brille dans le soleil car il a été récemment redoré à la feuille d’or.
Il est aisé de traverser aujourd’hui le Rhône par le pont Morand tout proche pour rejoindre, au coeur de la presqu’île, la place des Terreaux (« terre et eau») et prendre une autre photographie.
 
Depuis la façade ouest de l’Hôtel de Ville, qui donne sur la place des Terreaux, on peut admirer en effet la statue équestre d’Henri IV, installée en 1829. Rappelons brièvement l’histoire mouvementée du bâtiment.
C’est à la Renaissance, en 1646, que le Consulat de Lyon décide de construire un nouvel Hôtel de Ville sur la place des Terreaux.
Il devait être un « beau bastiment convenable à la grandeur de la cité ». La maîtrise d’oeuvre est confiée à Simon Maupin, voyer de la ville.
En 1672, le monument est complètement terminé. C’est un très bel édifice, d’architecture « très française » de style Louis XIII, considéré comme l’un des plus beaux bâtiments du genre.
Mais on dit que Simon Maupin ne reconnaîtrait pas son visage actuel.
En effet, il est sinistré peu après par un grand incendie survenu en 1674.
On fit appel à Jules Hardouin Mansart, le célèbre surintendant général des bâtiments du Roi Soleil, pour sa restauration.
A cette occasion, Mansart en a profité pour surélever le bâtiment d’un étage, lui ajoutant une balustrade à l’italienne, surmontée d’un beffroi recouvert par un immense dôme.
Et pour finaliser bien opportunément sa tache, l’architecte du Roi Soleil installe au centre de la façade une monumentale statue équestre en pierre de Louis XIV.

Hôtel de Ville de Lyon, détail de la façade ouest, côté place des Terreaux. 
Sur le fronton, Henri IV sur son cheval semble parler à un interlocuteur qui aurait disparu. 
Cette façade a fait l’objet d’importantes restaurations après la Révolution.

En 1793, le bombardement de Lyon par les troupes de la Convention endommage à nouveau très gravement le bâtiment, détruisant complètement l’effigie de Louis XIV, devenu à la Révolution le symbole majeur de l’absolutisme. 

Une trentaine d’années plus tard, le retour des Bourbon fait renaître les effigies royales. En 1829, à l’occasion des travaux de restauration, et après de longues discussions au sein du conseil municipal, on décide d’installer sur la façade de l’Hôtel de Ville, une statue équestre en pierre d’Henri IV à la place de celle de son petit-fils, Louis XIV (on vient déjà de réinstaller sur la place Bellecour la statue en bronze de ce dernier)

Mais aujourd’hui, on constate que, du haut de son cheval (blanc bien sûr), Henri IV semble parler dans le vide, comme si son interlocuteur s’était envolé. Selon l’hypothèse avancée, il s’agirait de l’effigie de Sully qui devait à l’origine se trouver au pied de la statue équestre d’Henri IV. Elle aurait pu être « oubliée » lors de la restauration de la façade de l’Hôtel de Ville, privant ainsi Henri IV de son ami fidèle.
On ne sait pas précisément dans quel contexte la statue de Sully s’est retrouvée sur l’autre rive du Rhône. Toutefois, les travaux de réfection de l’Hôtel de Ville ayant eu lieu dans les mêmes années (autour de 1829) que la construction des immeubles du quai deSerbie, cette version semble plausible. 

Revenons sur la rive gauche où une autre surprise nous attend. Au n°11 du même quai de Serbie, à quelques pas de la statue de Sully, les statues d’Henri IV et de Marie de Médicis surplombent l’entrée de l’immeuble.
On ne sait rien sur le sculpteur qui a immortalisé dans la pierre de l’immeuble le couple royal. Ce qui est certain, c’est que leur mariage fut célébré à Lyon le 17 décembre 1600 dans la cathédrale St Jean (la primatiale du Moyen Age se trouve sur la rive droite de la Saône, au-delà de la presqu’île)

 

Evidemment, la grande proximité de ces deux statues avec celle que j’ai nommée « Sully sur Rhône » ne semble 
pas due au simple hasard.
On dit que, considérant l’état lamentable des finances du royaume, après 3 décennies de guerres de religion, Sully avait cherché pour le roi un « mariage d’argent ».
Il se tourna naturellement vers la richissime cité de Florence et trouva que la jeune Marie de Médicis (22 ans plus jeune que le roi) et bien dotée (600 000 écus) devrait plaire à Henri IV qui venait de se séparer de la reine Margot.

L’union est rapidement célébrée par procuration, à Florence, le 5 mai 1600.
Peu après, Marie de Médicis quitte sa Toscane natale pour 
rejoindre son mari qui lui a donné rendez-vous à Lyon.
Elle débarque à Marseille le 3 novembre, remonte la vallée du Rhône, et le 3 décembre, elle arrive à Lyon.
Plus tard, sur une commande de la reine, Pierre-Paul Rubens 
(1577-1640) peindra son « entrée triomphale » à Lyon en usant abondamment des allégories.
Il représente Marie de Médicis dans un char tiré par deux lions symboliques de la ville (que l’on retrouve sur la façade lyonnaise).
La reine se trouve rapidement enceinte et l’année suivante, le 27 septembre 1601, Marie de Médicis accouche du dauphin, le futur Louis XIII.

Les statues du Roi Henri IV et de sa femme Marie de Médicis. 
Elles surplombent le porche de l’immeuble, 11 quai de Serbie à Lyon, dans le quartier des Brotteaux. 
Noter que chacune de ces statues repose sur une tête de lion.
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